25 ans de PNNS, et nous sommes de plus en plus malades : le silence coupable de l'État
Extrait de "Mangez MAL & Vivez Mieux" (à paraître le 21 mars)
Commençons par les chiffres. Pas pour accabler — mais parce qu’ils posent une question à laquelle personne, dans les sphères officielles, ne semble vouloir répondre franchement.
En France, plus de 4 millions de personnes vivent avec le diabète en 2023. La prévalence de cette maladie a progressé de 5,6 % en 2015 à 6,48 % en 2023. Ce n’est pas une fluctuation statistique.
C’est une trajectoire.
Près de la moitié des adultes français sont aujourd’hui en surpoids ou obèses — 17 % en situation d’obésité avérée. Deux fois plus qu’il y a vingt-cinq ans. Les enfants ne sont pas épargnés : près de 18 % des 6-17 ans sont en surpoids ou obèses.
Ces maladies ont des causes. Et peut-être aussi des complices.
Vingt-cinq ans de bons conseils — pour quels résultats ?
En 2001, l’État lançait le Programme National Nutrition Santé. Ambition affichée : réduire les maladies chroniques liées à l’alimentation. Le PNNS 4 (2019-2023) s’est fixé comme objectif de diminuer l’obésité de 15 % chez les adultes et de 20 % chez les enfants.
Ces objectifs ont-ils été atteints ? Les données épidémiologiques répondent d’elles-mêmes : non. Le Haut Conseil de la santé publique reconnaît lui-même que les maladies chroniques liées à l’alimentation — diabète, obésité, maladies cardiovasculaires — sont en hausse. Et ce malgré vingt-cinq ans de campagnes, de logos sur les emballages et de slogans bien intentionnés.
La question qui s’impose n’est donc pas “comment mieux communiquer les recommandations ?” Elle est : et si les recommandations étaient une partie du problème ?
Qui parle au nom de la science ?
Pour comprendre comment des recommandations peuvent échouer — voire aggraver la situation qu’elles prétendent corriger — il faut regarder qui les produit.
En France, l’ANSES est l’agence de référence. C’est elle qui nourrit scientifiquement le PNNS. Or, une analyse réalisée à partir des déclarations publiques d’intérêts disponibles sur le site du Ministère de la Santé livre un constat saisissant : sur 33 experts composant le comité de nutrition humaine et son groupe de travail, 7 seulement étaient totalement indépendants. Les 26 autres présentaient des liens avec l’industrie agroalimentaire (industrie laitière, Nestlé, Danone, CNIEL) et/ou pharmaceutique. Le président du comité et ses deux vice-présidents figuraient parmi ceux ayant des liens avec l’industrie laitière.
Ce n’est pas de la corruption au sens pénal. C’est plus insidieux : une contamination cognitive progressive. Un chercheur financé pendant dix ans par l’industrie laitière pour démontrer les bienfaits du calcium ne recommandera pas spontanément de réduire les produits laitiers, même si des données indépendantes vont dans ce sens. C’est humain. Et c’est précisément pour cela que c’est dangereux.
En fait, c’est plus compliqué que tout ça !
🏛️ Le mille-feuille institutionnel de nos assiettes
Qui décide vraiment de ce que vous mangez ?
Entre l’OMS à Genève et votre assiette, pas moins de huit instances interviennent dans la chaîne de décision nutritionnelle — sans coordination contraignante entre elles.
À l’échelle internationale
OMS — Organisation Mondiale de la Santé. Fixe les grandes orientations sanitaires mondiales et publie des recommandations nutritionnelles de référence.
CIRC / IARC — Centre International de Recherche sur le Cancer, agence de l’OMS. Classe les substances selon leur potentiel cancérigène (c’est lui qui a classé la charcuterie cancérigène avéré en 2015).
À l’échelle européenne
EFSA — Autorité Européenne de Sécurité des Aliments. Évalue la sécurité des aliments et additifs pour l’Union européenne. Ses avis s’imposent théoriquement aux États membres.
À l’échelle française
ANSES — Agence Nationale de Sécurité Sanitaire. Produit les expertises scientifiques nationales sur lesquelles s’appuient les politiques nutritionnelles françaises.
HCSP — Haut Conseil de la Santé Publique. Traduit les avis scientifiques en recommandations de santé publique.
DGS — Direction Générale de la Santé. Bras administratif du ministère, elle pilote la mise en œuvre opérationnelle des politiques de santé.
PNNS — Programme National Nutrition Santé. Outil politique qui transforme les recommandations en messages grand public et en objectifs quinquennaux.
CNA — Conseil National de l’Alimentation. Instance consultative où siègent à la même table associations de consommateurs… et représentants de l’industrie agroalimentaire.
Assurance Maladie — Finance et surveille l’impact des maladies chroniques. Co-pilote certaines actions de prévention du PNNS.
Santé publique France — Agence nationale de surveillance épidémiologique. Collecte et publie les données sur lesquelles sont censés s’appuyer tous les acteurs ci-dessus.
Le problème ? Aucune de ces instances n’a d’autorité directe sur les autres. L’EFSA peut rendre un avis, l’ANSES peut en rendre un différent, le HCSP peut nuancer, la DGS peut arbitrer, et le CNA peut tout ralentir. Pendant ce temps, les industriels, eux, savent exactement à quelle porte frapper — et à quel moment.
La corrélation n’implique pas la causalité — mais elle interroge.
La mécanique du conflit d’intérêts
Le Conseil National de l’Alimentation, instance consultative sur les politiques alimentaires, illustre le problème de gouvernance. Y siègent côte à côte des représentants des associations de consommateurs… et des représentants de l’industrie agricole, de la transformation et de la distribution.
Dès 2007, l’Association Nationale des Industries Alimentaires qualifiait certains messages nutritionnels de “stigmatisants” et “anxiogènes”. En 2015, une coalition industrielle s’est mobilisée contre le Nutri-Score pour lui opposer des systèmes d’étiquetage plus favorables à ses produits. La stratégie est constante : mettre en doute les études défavorables, ralentir les procédures réglementaires, occuper les instances de décision.
Mais même le NutriScore se base sur des informations poussiéreuses et qui sont souvent la conséquence d’un beau travail de lobbyisme. J’ai fait un post dans cette direction sur mon compte Instagram.
Les gouvernements successifs ont laissé faire. Par intérêt fiscal parfois. Par manque de courage politique souvent. Par conviction que le dialogue avec l’industrie vaudrait mieux que la régulation contraignante. Les courbes épidémiologiques indiquent que ce pari a été perdu.
Ce n’est pas du complotisme. C’est de la comptabilité.
Soyons précis : tout cela ne signifie pas que chaque recommandation officielle est fausse ou délibérément manipulée.
L’ANSES produit des travaux sérieux. Il existe des chercheurs intègres dans ces comités.
Mais la structure même du système crée des biais systématiques que la bonne foi individuelle ne suffit pas à corriger.
Quand les experts indépendants sont minoritaires dans leurs propres comités, quand les données de toxicité ne sont pas rendues publiques, quand les instances de décision incluent les représentants des industries qu’elles sont censées réguler — le signal scientifique est inévitablement brouillé.
Aujourd’hui, près de 8 millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire en France, et les inégalités sociales face à l’alimentation s’aggravent.
Les populations les plus fragiles sont aussi celles qui dépendent le plus des produits ultra-transformés — précisément ceux qu’un système de validation nutritionnelle structurellement biaisé a longtemps tolérés, voire encouragés.
La prochaine fois que vous lirez une recommandation officielle, posez-vous trois questions simples :
Qui l’a produite ? Qui l’a financée ? À qui profite-t-elle ?
Ce n’est pas du complotisme. C’est de l’épistémologie appliquée.
“Mangez MAL & Vivez Mieux” paraît le 21 mars sur amazon seulement.
Pour aller plus loin sur les mécanismes de capture réglementaire dans la nutrition, retrouvez l’article complet “Quand l’industrie dicte nos menus” sur biohacker.fr
Valérie Orsoni
Biohacker depuis 1998 et Experte en Longévité
Autrice 55 ouvrages, traduits en 5 langues
==> LeBootCamp.FIT pour mes programmes fitness & nutrition
==> @valerieorsoni sur Instagram
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IG @valerieorsoni
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